Université d'été du reseau OFFRES, Prague 2004

ACTION
7 - 15 juillet 2004
Université Charles
Faculté des humanités (FHS)
Prague, Jinonice, U krize 8



Cette université d'été, la quatrième organisée dans le cadre du réseau OFFRES (Organisation Francophone pour la Formation et la Recherche Européennes en Sciences Humaines) fait suite aux Universités d'été de :

Lille (septembre 2001) : "La Responsabilité"

Dubrovnik (septembre 2002) : "Droits de l'homme et civilisations"

Nice (juillet 2003) : "Pouvoir et Vie"



PROGRAMME

PHOTOS

ARGUMENTS DES CONFERENCES

sont disponibles ici.

TEXTES DE BASE A LIRE

Kant sur la bonne volonté

Atelier dirigé par Ivan Vukovic (Belgrad), mercredi le 7. 7. à 14h30. Le texte est disponible ici.

Jan Patocka, Les guerres du XXème siècle et le XXème siècle en tant que guerre

Atelier dirigé par Karel Novotny (Prague), jeudi le 8. 7. à 14h30. Le texte est disponible ici.

J. L. Austin, Les actes de la parole

Atelier dirigé par Ana Dimiskovska (Skopje), samedi le 10. 7. à 14h30. Le texte est disponible ici.

Henri Bergson sur l'acte et l'action

Atelier dirigé par Arnaud François (Lille), mercredi le 14. 7. à 14h30. Les textes (avec la présentation) sont disponibles ici.

Conditions et implications politiques de l'action chez Hannah Arendt

Atelier dirigé par Valérie Gérard (Lille), jeudi le 15. 7. à 14h30. Les textes sont disponibles ici.


Pour télécharger tous les textes en même temps, cliquez ici. (fichier comprimé - zip).

ORGANISATION

Arrivée : pour la plupart des participants, le 6. juillet 2004, départ le 16. juillet 2004.

Il y aura 7 journées de travail, organisées selon le principe suivant : le matin, deux conférences consécutives ; l'après-midi, deux ateliers en parallèle pour les es étudiant(e)s et les doctorant(e)s . Les conférences du matin durent 45 minutes au maximum, elles sont suivies de 45 minutes de discussion. L'après-midi, deux sortes d'ateliers sont organisées : D'un côté,les ateliers où les doctorantes et les doctorants auront la possibilité de présenter leurs projets ; de l'autre côté, les travaux dirigés centrés sur des textes fondamentaux pour notre sujet. Une liste de ces textes sera communiquée aux participants avant l'Université d'été. Les participants devront les avoir préparés avant le début des travaux. Une bibliographie complémentaire (liste des principaux ouvrages de référence) sera également communiquée aux participants.



PARTICIPATION

Les participants à l'Université d'été sont sélectionnés par les organisateurs de l'Université d'été : Jan SOKOL et Jakub CAPEK, sur la base des propositions faites par les responsables du réseau dans les différents pays et institutions partenaires. Ceux-ci feront parvenir les noms des étudiants dont ils proposent la candidature pour le 1er février 2004. Les étudiants et doctorants qui souhaitent participer à cette université d'été doivent donc s'adresser aux responsables du réseau dans leurs pays respectifs. Ces responsables sont :

THEMATIQUE

Action

Que signifie-t-il agir ? Quelles sont les notions qui, par leur rapport étroit avec l'action, délimitent le domaine propre de l'agir humain ? Notre université d'été se propose de déterminer l'action par rapport aux critères de la rationalité, par rapport à sa composante motivationnelle, par rapport à son contexte et par rapport au langage dans lequel elle s'exprime et dans lequel elle est jugée.

Notions générales

Pour élucider l'agir humain, il convient de faire quelques distinctions préliminaires. Il faut d'abord distinguer l'action de ce qui n'est pas action. Par exemple, il faut distinguer entre action et événement. " Faire quelque chose " n'est pas " voir quelque chose arriver". Ce qui se passe relève d'un tout autre discours que ce que quelqu'un fait. Comment peut-on saisir cette différence fondamentale sur le plan théorique ?

On peut par exemple partir du caractère intentionnel de l'agir. Tandis que l'action se comprend à partir de la fin qu'elle vise - c'est ce qu'on exprime souvent par le terme " avoir intention de… " - l'événement ne se laisse pas saisir par une telle explication téléologique. Plus encore, si l'on admettait l'explication par la fin dans le discours sur l'événement, on risquerait de le ruiner. Un scientifique contemporain qui voudrait expliquer un événement par sa finalité perdrait tout droit de cité dans la communauté des savants. Mais cette différence entre explication causale et interprétation téléologique peut-elle être acceptée sans aucune modification ? La distinction entre action et événement est-elle vraiment aussi tranchée qu'elle paraît l'être à première vue ?

A ces distinctions, qui tentent de délimiter la notion de l'agir en général, il faut ajouter certaines différenciations intérieures à cette notion. L'action qui vise une fin en dehors de soi diffère de celle qui est sa propre fin ? Cette idée aristotélicienne ouvre une perspective prometteuse pour une analyse de l'action. Je peux concevoir mon action ou bien comme l'acheminement vers une fin qui lui confère pour ainsi dire rétrospectivement un sens, ou bien comme une action dont le sens se manifeste ici et maintenant, dans le présent de son déroulement. Dans le premier cas, le présent ne signifie qu'un lieu de passage. Dans le deuxième, il représente pour ainsi dire le lieu du sens. Cette distinction apporte un nouvel éclairage sur les questions relatives aux conséquences de l'agir, à la structure temporelle de l'action, à la relation entre la possibilité et la réalité, au critère de réussite d'une action etc.

Rationalité de l'agir

Lors qu'il s'agit de l'action, il est toujours possible de poser la question " pourquoi ?". Il n'y a pas d'action sans une raison quelconque, même implicite. L'action fondée sur une raison, un motif est-elle par cela même rationnelle ? La question des raisons est liée, mais non pas identique à la question de sa rationalité.

Pour mieux saisir le sens dans lequel l'action peut être dite " rationnelle ", il convient de s'appuyer sur la distinction entre les moyens et les fins. L'action qui sert - comme un instrument - à quelque chose est rationnelle dans la mesure ou elle contribue à la réalisation de la fin ? La rationalité n'est alors rien d'autre que l'efficacité. Mais cette rationalité instrumentale est-elle la seule rationalité possible. Ne faut-il pas concevoir une rationalité des fins, une rationalité optimale, et si oui comment ?

Emotions et motivation

L'analyse de l'action est indissociable de celle des passions ou encore - pour prendre un mot plus neutre - des émotions. Le conditionnement réciproque de l'agir et du pâtir surgit notamment dans deux contextes, celui de la motivation et celui de la temporalité.

D'abord, le contexte de la motivation. L'action est motivée, elle n'est pas simplement produit par une cause. Or, cette distinction peut s'avérer discutable, du fait même du caractère émotionnel de nos motifs. Une émotion forte provoque une action qui serait presque assimilable à un comportement réflexe. S'agit-il ici encore d'un motif qui nous incline sans nécessiter, ou bien faut-il parler déjà en termes de causes ? Mais dans quel sens devrions nous comprendre une telle causalité ? Outre cela, le rapport intime entre action et émotion semble remettre en question l'autonomie de l'action, dans la mesure ou il brouille les distinctions entre agir et réagir. Et pourtant, il s'agit là d'un dynamisme réalisateur indispensable qui nous amène aux questions suivantes : peut-on concevoir une action sans aucune émotion ? Peut-on se mouvoir sans être ému ? Faut-il aller jusqu'à souscrire à la thèse empiriste selon laquelle vouloir revient à suivre le désir le plus puissant ?

Le problème se pose autrement quant à la finalité inhérente à toute action : ce qui nous a permis de la distinguer d'un événement. Mais comment expliquer une action qui n'est pas faite pour une fin différente d'elle, mais pour elle-même ? Son déroulement même la justifie, même si nous n'avons aucun fruit à espérer d'elle dans l'avenir. Dans ce cas, c'est la présence de l'agir qui importe, non son résultat. Il est possible d'exprimer cette valeur inhérente à l'agir en considérant la satisfaction émotionnelle, le plaisir qui lui est intrinsèquement lié. Il y a des activités que nous aimons faire, d'autres que nous détestons faire. Le rapport entre agir et pâtir, entre activité et réceptivité ne peut être plus étroit.

Les règles et le contexte

Une analyse philosophique de l'action court souvent le risque d'aboutir à une philosophie subjectiviste. Si agir revient à remplir une intention et si cette intention appartient à celui qui agit, le sens de l'action relève entièrement de l'agent. C'est lui qui pose la fin et détermine ainsi les conditions de satisfaction de son action.

Or, cette définition intentionnelle s'applique difficilement à la plupart de nos activités quotidiennes: on n'agit jamais tout seul. Cela implique non seulement - dans le sens d'une philosophie du dialogue - que l'action est une rencontre, mais surtout que l'action s'effectue selon des règles explicites ou implicites. Il ne s'agit pas seulement de règles juridiques et morales. Il s'agit aussi, et le plus souvent, des règles constitutives de telle ou telle action. Pour que notre activité puisse être comprise, par exemple, comme l'appel d'un taxi, il faut qu'elle satisfasse aux règles implicitement partagées par tous les acteurs, aux règles qui déterminent les exigences nécessaires pour appeler un taxi. Ainsi, les conditions de satisfaction sont plutôt rarement posées par nous-mêmes.

Justice et liberté

Une réflexion philosophique sur l'action est d'une importance cruciale pour les questions de philosophie politique, celles de la justice et de la liberté. Le notion même de l'action renvoie, ne serait-ce que de façon implicite, à celle de la liberté : une action faite de façon non-libre est inconcevable. Mais l'analyse de la liberté doit être poursuivie dans un champ encore plus large, car la liberté est institutionnalisée dans un certain cadre politique. On ne parle pas seulement de la liberté mais des libertés : liberté d'association, de culte, de conscience, de parole, de réunion, liberté de la presse et ainsi de suite. La justice est intimement liée à la liberté comme ce qui rend légitime la déclaration, la revendication et la protection des libertés.

Ces rapports complexes entre justice et liberté sont au coeur d'une réflexion sur l'action au sens politique du terme. Cette réflexion doit aussi permettre de déterminer plus précisément le concept d'action. Ne faut-il pas distinguer l'action du travail, de la fabrication, de la simple activité ? Se promener ou ranger des livres dans une bibliothèque est-il une action au même titre que l'organisation d'une grève ou l'animation d'un mouvement en faveur des droits civiques ? Faut-il réserver le terme d'action à l'agir politique, qui vise précisément la garantie des libertés et la réalisation de la justice ? Comment distinguer l'action politique et l'action morale ?

Parler et agir

Depuis le tournant pragmatique de la linguistique, le langage ne peut plus être considéré comme un simple véhicule d'information. Il est désormais trivial de soutenir que chaque acte de langage doit être également considéré dans ses répercussions sur l'état des choses et dans son influence sur les interlocuteurs. Mais il est possible de poursuivre l'analyse pragmatique en sens contraire, en montrant comment l'agir humain est conditionné par les critères communicationnels. Les ordres hiérarchiques, les messages circulant dans l'espace public, nos façons souvent répétitives de nous exprimer, tous ces phénomènes langagiers mettent en relief la nécessité de plier toute action aux formes imposées par le langage qui, souvent, ne font que refléter les conditions imposées par la société.


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